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19/04/2007

Quelle fiabilité pour les sondages ?

Traditionnellement, les sondages sérieux sont des enquêtes dont les résultats sont "modifiés" à partir de données brutes, ces modifications ayant pour objet l'adaptation de l'échantillon afin qu'il soit réellement représentatif de la population française, par exemple en terme de catégories socioprofessionnelles. Sans ce réajustement, les données brutes ne veulent pas dire grand chose, c'est donc une étape importante, même si la fiabilité de l'échantillon est toute relative (par exemple, lorsque les enquêtes sont effectuées via téléphone fixe, qu'en est-il de tous ces jeunes qui ne sont joignables que sur téléphone portable ? Etc.).

Depuis 2002 et la surprise causée par Jean-Marie Le Pen présent au second tour des élections présidentielles alors qu'aucun sondage ne l'avait laissé présager, les instituts de sondages ont inclus une nouvelle méthode de réajustement pour contrer les éventuels "dissimulation de vérité" des sondés qui n'osent pas donner leur avis véritable, notamment pour les votes vers les extrêmes. Ainsi, les données brutes sont également modifiées pour s'ajuster vers la tendance des votes des précédentes élections. Les opinions en faveur de Le Pen sont fortement rehaussées, alors que les opinions en faveur de certains courants d'extrême gauche et en faveur du parti centriste sont revues à la baisse, par exemple. Ces nouvelles méthodes expliquent les écarts que l'on peut rencontrer d'un institut de sondage à l'autre, chacun utilisant ses propres ratios (mais ils intègrent tous le principe).

Mais ces points qu'on ajoute à l'extrême droite, il faut bien les retirer ailleurs. Les sondeurs se servent en partie de la question "êtes-vous sûr de votre choix ?" pour identifier les indécis et s'appuyer sur eux pour leurs réajustements.

Cette méthode, au demeurant très sensées, possède cependant une faille, qui peut nous intéresser dans le cas présent. On a observé ces derniers mois dans l'opinion publique un véritable bouleversement d'intention en faveur de l'UDF, le parti de François Bayrou. Les gens semblent s'intéresser à ces élections dans une proportion supérieure aux précédentes, mués par un sentiment d'urgence et de besoin que les choses évoluent. Le taux de participation sera supérieur à 2002 et beaucoup de personnes se sont penchées sur les candidats et leurs propositions plutôt que de laisser l'habitude choisir la couleur de leur vote. Ce faisant, ces gens sont entrés dans une période de remise en question et leur changement d'intention de vote s'accompagne bien souvent d'une déclaration d'indécision ou d'hésitation, ce qui n'est pas très surprenant compte tenu qu'on ne peut attendre de quelqu'un qui vient de réévaluer ses opinions de se comporter immédiatement comme s'il en était un fervent défenseur depuis toujours.

Hors, les méthodes de réajustement des instituts de sondage ont pour effet de bord d'aplanir les changements rapides d'opinion. Ceci peut permettre d'éviter les instabilités dues aux effets d'annonce et autre effets de mode temporaire et de lisser l'opinion sur une vision long terme dénuée des sautes d'humeurs périodiques. Mais dans le cas d'un véritable sursaut citoyen, d'un réel et conséquent changement d'opinion sur une courte période, les sondages s'avèrent incapables de retranscrire l'évènement. De plus, comme le changement est récent, la proportion d'indécis dans l'électorat centriste est supérieure à celui que l'on rencontre dans les gros partis tels que l'UMP. Les sondeurs transfèrent donc un nombre important des voix centristes vers le candidat du Front National depuis les données brutes, alors que le score du candidat de l'UMP évolue peu. Oui, mais... En y réfléchissant un peu, ne peut-on pas penser que les voix "cachées" du FN se dissimulent en réalité dans les données brutes du candidat de droite, Nicolas Sarkozy ? Cela impliquerait que cet électorat déguisé, qui n'avoue pas son penchant pour le FN et préfère annoncer un candidat plus modéré (quoi que...), ne déclare pas son indécision et se proclame sûr de son choix (puisque les indécis sur les données brutes de l'UMP sont faibles par rapport à ceux de l'UDF). Mais est-ce vraiment si improbable que ça ?

Finalement, le résultat du premier tour, dimanche prochain, nous permettra également de valider si la méthode des instituts de sondage est si fiable que cela, à moins que cette méthode de réajustement, qui réduit le score prévisionnel de l'UDF, ne joue elle-même un rôle important dans le choix des électeurs indécis (dont le "vote utile" est au centre des préoccupations) en les influençant et les orientant vers un candidat d'un gros parti historique...

Eric

Commentaires

Le premier tour étant passé, nous pouvons conclure que les méthodes de réajustement des instituts de sondage ont plus ou moins fait leurs preuves, étant donné la fiabilité correcte des prévisions avec les scores effectifs (sauf pour la baisse du score FN qui ne fut pas entièrement anticipée).
Même si il est toujours permis de penser que les prévisions agissent beaucoup sur la prise de décision des nombreux indécis alors que le vote utile est au centre des préoccupations.

Ecrit par : Eric | 24/05/2007

Pour une fois, il semblerait que les instituts de sondage aient réussi à ne pas se tromper...

Ecrit par : Cyrille | 24/05/2007